Only One - Clayton : Chapitre 2 (nouvelle publication)

02/11/2013 10:18

 

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Nouvelle publication.

 

La tête sur le côté, les yeux fermés, les mâchoires crispées et pieds et poings liés au lit je me prépare au moment à venir. D’après l’infirmier, l’injection du Sérum pour réparer et beaucoup plus douloureuse que pour guérir et malheureusement le centre ne possède pas de calmants.

Je ne le vois pas mais j’entends les pas lourd de l’infirmier devant moi et devine, au bruit de succion, que la seringue est prête. Je vais sûrement passer la pire journée de toute ma vie, mais Lorelei est dans la pièce et ses yeux bleus me supplient de me rétablir. Je ne veux pas la décevoir. Pas elle.

Mon matelas s’affaisse sous le poids de l’homme et mon cœur semble vouloir sortir de ma cage thoracique pour aller quelque part où il y aurait moins d’émotions.

-            Ça va faire très mal tu sais ? chuchote l’infirmier.

-            Allez-y, dis-je résolument. Lo, sort d’ici.

-            Mais Clay, je veux rester avec toi !

-            Sort ! dis-je un peu trop férocement.

La petite me jette un regard emplie de déception et de larmes et s’enfuie en courant. J’entends ses pleurs résonner dans le couloir et c’est à ça que je pense le plus fort lorsque l’aiguille transperce ma peau. Mes dents se serrent automatiquement.

Au début il ne se passe rien. J’ouvre un œil et questionne l’infirmier du regard. Il se contente de froncer des sourcils en fixant le trou causé par la seringue. Il semble perplexe. Moi aussi d’ailleurs. Je commence alors à me détendre, croyant que ce serait finalement sans douleur, quand un volcan se réveille dans mon ventre.

L’intensité de la douleur est telle que je n’arrive même pas à crier. Je voudrais me gratter le ventre jusqu’au sang pour y déterrer l’incendie mais les sangles sont trop bien serrées. Le feu se propage lentement vers mon cœur et chaque battement est une vie entière en enfer. Mon dos se cabre violement et cette fois-ci je hurle. Quelque chose en moi est en train de se déplacer. Je le sens.

-          Aidez-moi ! je crie.

-            Je ne peux plus rien pour toi mon garçon, répond l’infirmier quelque part je ne sais où dans la salle.

Il me semble entendre une porte se fermer et je comprends que je suis seul. Je me mords les lèvres si fort qu’un filet de sang coule de mon menton. La dose administrée est sûrement trop élevée pour moi.  Mais je ne mourrais pas ! Pas ce soir ! Pour les filles, pour ma mère ! Et pour prouver à ces enfoirés de sadiques que je suis prêt à tout pour accomplir ce pour quoi j’ai accepté ma condition de futur cadavre.

Mes cris résonnent dans l’infirmerie vide et je suis certain que tout le monde m’entend. Michael doit bien rire. Raison de plus pour le tuer en premier.

Des heures passent sans que je m’en rende compte. Seule l’horloge au dessus de la porte me permet de me repérer dans le temps. La douleur n’a pas décrue un seul instant mais je n’ai plus assez de force pour crier. De faibles gémissements sortent d’entre mes lèvres sèches mais guère plus. Mon corps brûle soudainement plus que tout ce que j’ai déjà souffert et alors que je pensais être vidé de mes forces, je me tords spasmodiquement et des larmes chaudes coulent le long de mes joues. Je n’ai jamais été un combattant. Je n’ai jamais tué personne. J’ai peur du sang et je mourrais probablement avant que le soleil ne se couche. Je me suis bercé d’illusions. La dose injectée est beaucoup trop forte et je ne passerais pas la nuit.

Je me sens vide, mais pleurer me fait presque oublier à quel point j’ai mal. Depuis combien de temps n’ai-je pas montré autant de faiblesse ? Sûrement depuis la mort d’Emily.

Je pleure longtemps  en croire l’horloge car quand je peux de nouveau voir clair, l’aiguille indique déjà le troisième jour. Un jour de perdu…

Mon corps est lourd et j’ai l’impression d’avoir du cristal à la place des os. Je peux dire avec exactitude où sont chacun de mes muscles tellement ils sont bandés et me donnent des crampes. La douleur semble moins s’atténuer mais il n’est pas impossible qu’elle ait atteint un point tellement haut qu’il lui est impossible d’être plus forte.

J’ignore encore combien de temps je devoir tenir. Mais je le dois, c’est sans condition. Une volonté de fer. J’essaierais de ne pas mourir. Si je survivais à cette overdose, je me demande si je pourrais bel et bien poursuivre l’entraînement. Mon corps semble encore plus mal en point qu’avant…

Les sangles ont creusé mes poignets et mes chevilles et j’aperçois une tâche de sang sous chacune de mes mains. Les entailles semblent profondes car un filet poisseux coule encore. Mais je ne sens même pas la douleur. La lassitude m’englouti et je m’enfonce dans le matelas. J’ai l’impression de me noyer. Mais une main agrippe la mienne et me tire inexorablement vers le haut.

Lorelei est agenouillée sur mon matelas et tord ses petits doigts aux miens. Ses yeux brillent dans l’obscurité et me défendent de la repousser. Un sourire triste aux lèvres, je l’engueule du regard.

-          Je ne te laisserais pas mourir !

Sa petite voix de gamine de 11 ans embaume mon cœur et je m’accroche à sa main comme à une ancre.

-            Tu m’as promis de ne pas mourir, ajout-t-elle et ses larmes viennent se mêler à mon étendu sur le drap.

-            Je sais, Lo.

Ma voix est cassée, épuisée d’avoir trop crié. Lorelei tord une mèche blonde autour de l’un de ses doigts libres et ne me quitte pas du regard, comme si en fermant les yeux elle avait peur que je disparaisse.

-            Tu devrais être au lit, dis-je sur le ton de la réprimande, ma voix atteignant avec peine le niveau sonore suffisant pour me faire entendre. On dirait plus un râle que des mots…

-            Et toi tu ne dois pas mourir.

C’est drôle comme à cet âge on peut être têtu. Je lui fais ce que j’espère être un sourire et elle se penche sur mon visage meurtri pour déposer un bisou sur a joue encore humide de larmes.

-          Je ne te laisserais pas mourir.

Je le regarde, à la fois triste et heureux. Triste car les chances que nous nous en sortions sont quasi nulles. Mais heureux car, pour le première fois depuis deux ans, j’ai l’impression d’avoir retrouvé Emily. Elle aussi avait cette manie de toujours vouloir nous assister quand nous étions mal. Elle se montrait parfois beaucoup plus âgée que son âge alors qu’elle disait ne jamais vouloir grandir. Mais elle le faisait car nous en avions besoin. Parce qu’il nous fallait quelque chose sur quoi nous reposer. Et nos deux pères nous ayant abandonné très jeunes, la place qu’ils auraient du occuper à la maison et dans nos cœurs ne cessait de se signaler dans nos moments de faiblesse. Emily les avait presque tous comblés.

Lorelei a le même effet sur moi.Elle avait été la seule à me parler d’Alisen et elle avait partagé son premier repas au centre avec moi alors que les deux autres avaient tout fait pour que je sois le mouton noir. Et le premier jour d’entraînement elle m’avait aidé à faire des nœuds solides pour un arc fabriqué à la hâte. Je ne mérite certainement pas toute cette attention, mais cette petite fille est tout ce à quoi je peux encore me raccrocher. Si Alisen était là à sa place, cela aurait sûrement été différent. Peut-être même que pendant le Tri je l’aurais tué sans scrupule.

Mais maintenant, rien que de l’imaginer blessée me donne envie de vomir.

J’attire son attention d’une pression sur la main et lui fait signe d’un coup de tête de s’allonger à côté de moi. Elle s’exécute sans hésiter et pose sa petite tête blonde sur mon biceps. Elle passe un bars sur mon torse en faisant attention à ne pas réveiller la douleur de mes côtes cassées et le sommeil tant attendu vient enfin à moi. Mais avant de m’endormir, je pose un baiser sur sa petite tête blonde et enfoui mon nez dans sa chevelure, mes bras incapables de la bercer à cause des liens qui m’attachent.

 

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