La Traque : Chapitre 1

09/11/2013 17:30

 

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L’homme pousse la porte. Cela fait des heures que je l’attends dans le noir, cachée derrière la porte d’entrée, à ne pas bouger de peur qu’il n’entre alors que je ne suis pas préparée à l’ « accueillir ». Je serre les dents et prie pour que tout se passe comme prévu. A vrai dire je n’ai pas vraiment de plan, ma seule ligne à suivre étant de rester en vie, mais j’espère bien la suivre coûte que coûte.

J’attends. Mais rien ne se passe. La porte reste entrouverte, personne ne la passe. M’aurait-il entendu ? Impossible… J’ai veillé à ne laisser aucune marque de mon effraction. Mais cela a-t-il été suffisant ? Pour un homme du commun des mortels sans doute, mais pour un cambrioleur de profession… j’en doute.

Mon cœur bat la chamade à la seule pensée d’être repérée. Il bat si fort que j’en vois ma poitrine se soulever sous les pulsations. Aller Sara, calme toi ! Ca ne sert à rien de…

Mon coach intérieur n’a pas le temps de finir de me conseiller car un bruit à peine trop familier résonne dans le couloir. Le bruit d’un pistolet que l’on charge. Je repasserai pour la discrétion…

Foutue pour foutue, je dégaine mon sabre et, alors que j’exécutais une pirouette pour me poster de manière à avoir mon ennemi dans le viseur, bien que l’expression ne soit pas adéquate, un homme déboule dans l’appartement, pistolet brandi droit devant lui.

Je le regarde avec de grands yeux, mon sabre et un genou en l’air. Je n’ose plus respirer. Aussi fou que cela puisse paraître, il ne semble pas  m’avoir remarquée. Pas encore, tout du moins, mais il est certain que si je reste en position « flamand rose » il ne tardera pas à me repérer. On dirait que mes courbatures en valent le coup finalement.

Je me faufile derrière sur la pointe des pieds. Il semble croire que je me cache derrière le canapé. Trop enfantin… 

J’évalue mes chances de victoire et estime le pourcentage à environ 50% s’il reste de dos… 10% s’il se retourne et attaque le premier. Je n’attends pas de savoir si mes estimations sont correctes et lui saute dessus.

Le choc le fait tomber sur le canapé et je me retrouve à califourchon sur son dos. Je lui plante mon sabre entre les omoplates et l’oblige à se retourner. Je me soulève le temps qu’il s’exécute et me rassie lourdement.

Il me regarde avec un air mi paniqué, mi perdu, et ses yeux s’écarquillent lorsque le déclic se fait dans sa petite tête. Une femme aux cheveux violets, ce n’est pas banal.

-          Salope ! Lâche-moi, sale garce !

Je le fais taire d’un coup de coude dans la mâchoire et place mon sabre sous sa gorge. Je me penche vers lui en appuyant sur la lame.

-          Règle numéro une : pas de grossièreté.

-          Salope !

-                                                            Règle numéro deux, dis-je en creusant un sillon ensanglanté le long de sa pomme d’Adam : ne JAMAIS me manquer de respect.

Le jeune homme dégluti. Il pose ses mains à côté de sa tête en signe d’abdication, mais cela ne me rassure pas plus.

-          Je… n’arrive plus… à respirer… parvient-il à dire.

Je suis assise sur sa cage thoracique et je vois bien qu’il commence à haleter. L’avoir mort ne me servira à rien car j’ai  besoin des informations qu’il peut me fournir.

-          Lâche ton arme, imbécile.

Le jeune homme s’exécute après quelques secondes de flottement. Je me penche et fais glisser l’arme sous le canapé.

Je ne retire pas mon sabre de sous sa gorge, d’où un filet de sang coule, mais je l’oblige à se relever. Je le pousse contre un mur et il pousse un petit cri.

-                                                            Alors, dis-je tremblante d’adrénaline, option numéro une : tu coopères et tu me dis où se planque ton lâche de chef ou, et ça c’est l’option numéro deux, tu ne coopères pas,  je te fais mal et tu me dis  quand même où se planque ton lâche de chef.

-                                                            Va te faire foutre !

Je retiens un cri de frustration. D’habitude mes menaces sont efficaces. On a beau dire, mais les hommes détestent presqu’autant la douleur que faire du shopping avec leur copine.

-                                                            Je ne vais pas le dire deux fois ! Ce soir, ma patience à des limites, coco ! J’ai pas mal de linge sal à la maison et rien que d’y penser j’ai envie de te planter ça là où ça fait mal, si tu vois de quoi je parle.

Nan, apparemment il ne comprend pas car un pli se creuse sur son front. Je décide d’arrêter de tourner autour du pot et fonce.

-                                                            Je sais que tu travailles pour Alexis Cooper et je veux que tu me dises où ce putain d’enfoiré se cache !

-                                                            Va te faire…

Mon poing part sans même que je me rende compte. Je sens les ongles des ma main s’enfoncer dans sa joue. Je suis moi-même surprise par cet excès de violence mais n’en fait rien transparaître. Si cela peut le rendre docile…

En plus de saigner au cou, du sang commence également à perler le long de sa mâchoire. Il est plus grand que moi de dix bons  centimètres mais je ne me laisse pas abattre. Ses cheveux noirs lui tombent sur les yeux et une goutte de sueur perle sur sa lèvre inferieur. Il porte un jean troué trop large pour lui ainsi qu’un T-shirt gris. Ses yeux sont les plus expressifs que je n’ai jamais vus. La crainte s’y reflète à présent. La crainte et une pointe de respect. Du moins c’est ainsi que je l’interprète.

Il semble plus apte à discuter alors je dégage ma lame et l’aligne le long de ma jambe droite. Erreur fatale.

Il sort son bras et me tord le poignet. Mon sabre tombe par terre. En un battement de cœur, il parvient à se dégager et fuie en direction de la porte. Non ! Ca ne doit pas finir ainsi.

Je m’élance vers le fuyard  et me jette sur lui avant qu’il ne franchisse la porte. Je me retrouve de nouveau à califourchon sur son dos et serre les cuisses le plus fort possible pour l’immobiliser. Seulement, mes petites jambes ne valent pas grand-chose quand il s’agit d’encercler quelqu’un de beaucoup plus grand et plus baraqué que moi. Il jure et se tortille si fort que j’en viens à m’inquiéter pour l’état de mes genoux. Je commence même à glisser sur le côté. Je me repositionne et me cramponnant à ses cheveux. Ce que mon adversaire ne semble pas apprécier.

-          On se calme, le fauve ! crie-je.

-          Va te faire foutre !

J’appuie sur sa tête et la lui enfonce dans le tapis d’entrée. Mon sabre est hors de portée mais si j’étends ma jambe je pourrais l’atteindre. Si seulement cet hyperactif arrêtait de bouger ! Je profite de cet instant où le délinquant est trop occupé à essayer de respirer et déplie une jambe. La pointe de mon pied touche la garde de mon sabre et je le tire précipitamment vers moi pour ne pas lui laisser le temps de glisser. Je lâche le jeune homme le temps de récupérer mon arme et la passe sous son cou.

-                                                            Tu te calmes ! A moins que tu préfères que je t’empale sur mon sabre.

-                                                            Va te faire…

Sa tête redit bonjour à la moquette.

-          Je vais me faire foutre, je sais… est-tu prêt à coopérer, machin ?

-          Mmmph !

Je le laisse retrouver de l’air. Je suis méchante mais pas cruelle.

-          Fais ce que tu veux, connasse !

-          Me tente pas… dis-je entre mes dents.

-          Tue-moi, vas-y !

-          Tu ne me servirais à rien mort. Où est-il ? Où est Alexis ?

Son corps se tendit, comme en signe de révolte. Je joue avec sa pomme d’Adam sous ma lame et il gémit.

-          Répond.

-          J’en sais rien, dit-il en déglutissant.

-          Où est Alexis ? cette fois en hurlant.

-          J’en sais rien, bordel !

-          Ok… je ne voulais pas en arriver là, mais tu m’y obliges.

-          Pourquoi tu ne me crois pas ?

La réponse me parait évidente mais apparemment pas pour lui.

-                                                            En général les gentils ne croient pas les méchants parce qu’ils mentent toujours.

J’ai l’impression de parler à un gosse.

-                                                            C’est pourtant la vérité, dit-il, une pointe d’amertume dans la voix.

-                                                            Tu ne penses tout de même pas que je vais te croire ?! …. Si ?

-                                                            Nan bien sûr que tu ne me crois pas !

Je le regarde abasourdie. J’avoue que j’étais préparée à tout sauf à ça. Je ne sais pas quoi penser. D’un côté, je me dis qu’il essaye peut-être de gagner ma confiance en me laissant croire que je suis plus maligne, mais d’un autre, je me dis également que, bizarrement, ce qu’il dit n’est peut-être que la stricte vérité. Mais dans ce cas que fait Alexis ? Si même ses hommes ne peuvent le voir, que penser de ma tentative désespérée de le retrouver ?

J’hésite… mais un rapport plus amical… ou du moins, moins violent sera sûrement plus fructueux que maintenant.

Je décide donc de finalement le croire, même si au fond de moi quelque chose subsiste, et me relève.

Je fais un pas en arrière, puis m’arrête aussitôt, pliée en deux. Une douleur fulgurante se réveille au niveau de mon ventre et je me retiens avec peine de sombrer dans l’inconscience. Perdue, je soulève mon t-shirt.

Une longue balafre parcourt mon abdomen. Du sang coule et des gouttes tombent au sol. Comment me-suis-je fais ça ?! J’ai beau me repasser la scène depuis le début plusieurs fois, jamais je ne me vois me faire blesser, même par inadvertance. Je passe un doigt sur les bords de la blessure. Un liquide visqueux s’y dépose. Du pus. Merde, ça s’infecte déjà.

-          Ça va ?

Le jeune homme est debout, adossé à la porte d’entrée qu’il vient de fermer. Il allume la lumière de l’appartement et le choc me fait pleurer.

-          Tu as besoin de…

-          La ferme ! dis-je énervée par je ne sais quoi.

Il sert les lèvres comme s’il essayait de se retenir de parler. Qu’est-ce que ça peut lui faire, bon Dieu !

S’en suit un long silence pendant lequel nous nous dévisageons. Je l’observe minutieusement, pour avoir plus de détail à écrire dans mon dossier, et remarque avec dégoût qu’il est plutôt mignon. Quel gâchis ! Plus grand que moi d’une dizaine de centimètres et plus lourd d’au moins 40kg, je passe pour une souris à côté de lui. Ses yeux d’un gris acier me fouillent et me mettent mal à l’aise. Pour m’y soustraire j’affiche une grimace de douleur et me dirige vers ce que je pense être la salle de bain.

En entrant à l’intérieur je sens le regard du jeune homme sur mon dos. Je laisse la porte ouverte au cas où l’idée lui prenait de déguerpir et pars en quête de quelque chose, n’importe quoi, pour panser ma mystérieuse blessure. Je ne trouve rien de mieux qu’une serviette humide et la passe autour de ma taille. Je trouverais mieux plus tard.

Je reviens dans le salon, où le jeune homme m’attend bien gentiment. Soit il n’a rien à cacher, soit il est prêt à trahir son chef…

Je me pose en face de lui, les fesses contre le dossier d’un fauteuil. Tout en lui lançant un regard inquisiteur, qu’il me renvoie d’ailleurs, je tente de paraître plus âgée. N’ayant que 19 ans, j’ai bien peur que pour le respect il me reste encore beaucoup de chemin à faire.

-          Ton nom ? je lui demande.

-          Johnson, répond-il calmement.

-          Te fous pas de moi Johnson.

-          Eric.

-          Eric…

Il n’est pas inscrit dans la base de données de l’entreprise. Etant membre à part entière des Sharks, Johnson est tout autant criminel que son chef de gang, Alexis Cooper. Mais je n’ai pas d’autorisation pour le coffrer lui. Pas encore.

-          Ton chef, où se planque-t-il ?

Il baisse la tête, visiblement vexé et soupir.

-          Tu ne me crois toujours pas.

-          C’est une question ?

-          Un constat.

-          Et qu’est-ce que ça change ? dis-je du tac au tac.

-          Pas grand-chose, mais ça me blesse.

-          Un grand gaillard comme toi ? Ca m’étonne, tient !

-          Je ne sais pas où se planque Alex, Sara.

-          Je vois qu’on t’a parlé de moi, dis-je flattée.

-                                                            Tu es notre fléau au sein des Sharks. Après ce que tu as fait à Mike…

-                                                            Ce connard l’avait amplement mérité ! La fillette avait quoi ? 8 ans, peut-être moins !

-                                                            Il était complètement bourré !

-                                                            Double crime dans ce cas ! Tu sais comment l’ébriété est condamnée à Sevanian.

-                                                            Il ne méritait pas de mourir pour autant !

-                                                            Le viol d’une gamine n’est pas à condamner selon toi ?! Qui es-tu pour me dire ce que je dois faire ? Je suis ici pour te poser des questions à la base, Johnson ! Alors cesse de jouer au gendarme avec moi et sois le gentil petit citoyen docile !

-                                                            Comme tu voudras.

Je soupir de ravissement.

-          Je te donne une dernière chance : où est-il ?

-          Pour l’amour de Dieu, Sara ! Si je le savais je te le dirais !

-          Pourquoi ? je demande, suspicieuse.

-                                                            Tu n’imagines même pas à quel point il est cruel. Rien que d’y penser… Par rapport  lui, Mike aurait pu passer pour un ange…

-                                                            C’était ton frère, hein,

-                                                            Mike Johnson, ouais. Il n’a jamais vraiment aimé suivre les règles. Tout petit déjà il était intenable. Quand il a rencontré Alexis il y a 3 ans, il en est tout de suite tombé raide d’admiration. Ce mec était son dieu. Puis, comme il ne m’en disait que du bien, j’ai décidé moi aussi de faire parti du gang. Au début j’étais assez d’accord avec Mike. Alexis est un leader exceptionnel, ça  c’est sûr, mais son avidité pour le pouvoir est trop démesurée. Il est prêt à tuer pour garder son titre. Puis les mois ont passé et son caractère s’est empiré. Il a commencé à avoir des malaises fréquents et il s’acharnait sur les plus jeunes recrues. Alexis a toujours préférés s’attaquer à moi plutôt qu’à mon frère. Je ne veux plus de cette vie.

-                                                            Pourquoi devrais-je te croire ?

Il ne me répond pas tout de suite. Ses yeux parcourent les lignes du fauteuil et remontent jusqu’aux miens.  Puis il soulève son t-shirt.

Je retiens un cri. La totalité de son torse n’est plus que cicatrises. J’y reconnais la marque du feu. Au milieu, là où devrait être son téton, un grand « AC » est gravé.

-          Comment… je commence.

-                                                            Je devais lui ramener un sac rempli d’herbe. J’en ai consommé un peu avant de le lui donné et il l’a remarqué… 

-                                                            Et il t’a fait ça comment ? ne puis-je m’empêcher de demander, à la fois fascinée et horrifiée.

-                                                            Chalumeau.

-                                                            Tu es prêt à le vendre pour ça ?

-                                                            Dès que j’aurais des infos, oui.

De plus en plus étrange. Je savais qu’Alexis était un dangereux criminel mais pas qu’il infligeait les mêmes traitements à ses hommes qu’à ses victimes. Nouvelle informations à marquer dans son dossier : dangereux psychopathe.

-                                                            Je peux te donner mon numéro si tu ne me fais pas confiance, dit-il presque timidement.

-                                                            Je te fais confiance, c’est bon, dis-je, sonnée. Mais donne-le tout de même. Ça sera plus simple si tu as des infos. Je dirais à  Sam que je ne t’ai pas trouvé.

-                                                            Pourquoi pas la vérité ?

-                                                            Sam est bien pire que moi. Pour lui tu es un criminel et rien d’autre. Ta parole ne vaut rien pour lui. On va s’en tenir à ma version des faits. Je suis venu ici, persuadée de t’y trouver, mais tu as déserté les lieux bien avant ma venue. Et pour le moment tu restes introuvable. Sam me fera confiance donc ne gâche pas tout. Tu me contacteras uniquement sur mon portable privé.

Je fais une pause car je ne sais pas comment annoncer la suite.

-          Et pour Alexis ? demande-t-il. Je continue, mine de rien ?

-                                                            Ouais, s’il te plait, Johnson, dis-je soulagée que ce soit lui qui ait amené le sujet.

-                                                            Appelle-moi Eric.

-                                                            Confiance ne signifie pas amitié, Johnson. Je reste sur ton nom de famille. Je te crois, j’ajoute en le voyant se renfrogner, mais pour le moment on s’en tiendra à ça.

-                                                            Ok…

Je range mon sabre dans son fourreau et me prépare à sortir.

-          Sara ?

-          Hum…

-          Merci.

Je le considère quelques secondes.

-          De rien.

-          Les autres traqueurs ne m’auraient pas lâché.

-   Tu es mon exception. Je ne suis pas la plus tendre mais ce que tu me proposes c’est mon unique chance de coincer cet enfoiré.

-  J’y tiens autant que toi.

Je lui fais un salut du genre militaire. Il me répond par un sourire timide. C’est triste de dire que c’est un criminel… par ce qu’il commence à me plaire.

 

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